Les deux premiers volets de cette série d’articles, Les Ukrainiens au Brésil et Les Ukrainiens en Argentine, sont à retrouver ici et ici.
Le Chili
Les Ukrainiens sont considérablement moins nombreux au Chili qu’au Brésil ou en Argentine, en raison surtout de la géographie et du climat chiliens, peu propices à la pratique de l’agriculture. Aujourd’hui, on estime que l’Argentine compte environ un millier d’habitants d’origine ukrainienne, pour la plupart des entrepreneurs et des personnes diplômées.
La première Ukrainienne à avoir foulé le sol chilien, dit-on, fut la cantatrice Solomia Krouchelnytska, en 1897. Pendant cinq mois, elle fit fureur à Santiago, la capitale du Chili, dans des opéras tels qu’Aïda, Un Bal masqué et Faust. Mais le Chili ne connaît sa première vague d’immigration ukrainienne que bien plus tard, en 1948-1949, avec l’arrivée d’environ 300 réfugiés en provenance d’Europe et des camps de la Deuxième Guerre mondiale. Parmi eux, d’anciens soldats de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne et des opposants à l’occupation soviétique. Ces pionniers s’installent à Santiago, où ils fondent une paroisse gréco-catholique ukrainienne et une chorale qui se produit dans les universités, les monastères et même à la radio.
S’il ne fallait citer qu’un seul Chilien ukrainien, ce serait évidemment le diplomate Roberto Kozak. Né de parents ukrainiens immigrés en Argentine et naturalisé chilien à la fin de sa vie, on le surnomme le Schindler de l’Amérique latine : il a orchestré la libération de dizaines de milliers de prisonniers politiques sous la dictature militaire au Chili. Après le coup d’État d’Augusto Pinochet en 1973, les opposants à la junte sont arrêtés, torturés, assassinés. Roberto Kozak travaille alors au sein du bureau argentin du Comité intergouvernemental pour les migrations européennes (l’actuelle OIM), créé en 1951 pour aider à la réinstallation des personnes exilées de la Deuxième Guerre mondiale. En dépit des immenses risques auxquels il s’expose, il fait libérer plus de 30 000 prisonniers politiques, qu’il met ensuite à l’abri à l’étranger. En 1992, le gouvernement chilien lui décernera l’Ordre de Bernardo O’Higgins, la plus haute distinction civile pour les citoyens non chiliens.
Il n’est pas le seul Chilien remarquable à être d’origine ukrainienne : citons le philosophe Félix Schwartzmann [1913 – 2014], la pianiste Fedora Aberastury [1914 – 1985] et Nataly Chilet, Miss Chili dans les années 2000. Il y a aussi l’artisan Mykola Liakhovytch, immigré galicien, fondateur et directeur, des années 1950 jusqu’au début des années 2000, d’un atelier de prêt-à-chausser baptisé Tridente. En se spécialisant dans la confection de chaussures d’expédition, indispensables pour l’exploration des terres australes du Chili, son atelier met le savoir-faire ukrainien au service des explorateurs chiliens.
L’histoire des Ukrainiens d’Amérique latine reste encore largement méconnue. Dès la fin du XIXᵉ siècle, des migrants-pionniers venus de Galicie risquent la traversée de l’Atlantique, en quête d’une vie meilleure, pour s’établir au Brésil, en Argentine, ou encore au Chili. Là, en dépit des conditions géographiques et climatiques souvent rudes, parfois hostiles, ils pratiquent surtout l’agriculture et bâtissent des communautés riches d’un héritage culturel partagé. Leur exemple est un modèle d’intégration réussie et leurs contributions dans les domaines de l’agriculture, des arts et de la science, autant de ponts bâtis entre l’Ukraine et l’Amérique latine.
Cette série d’articles est le fruit d’un partenariat avec l’Institut ukrainien, agence d’État ukrainienne chargée de promouvoir la langue et la culture ukrainiennes dans le monde par la diplomatie culturelle.