L’Ukraine en Amérique latine (2/3). L’Argentine

22 décembre 2024
Qui sont ces Ukrainiens qui ont contribué à façonner le paysage culturel et le tissu social sud-américains ? Pour le découvrir, direction l’Argentine, dans ce deuxième volet d’une série de trois articles.
article-photo

Les Ukrainiens d’Amérique latine, ou une histoire, encore largement méconnue, de migration, de résilience et de partage culturel. Dès la fin du XIXᵉ siècle, ils vont s’inscrire dans les paysages sociaux et économiques du Brésil, de l’Argentine, ou encore du Chili, en contribuant à l’innovation agricole et à la diversité culturelle de ces pays.


Le premier volet de cette série d’articles, Les Ukrainiens au Brésil, est à retrouver ici.


L’Argentine

En Argentine, la présence ukrainienne remonte à plus d’un siècle. Ce pays d’Amérique latine compte aujourd’hui entre 350 000 et 500 000 habitants d’origine ukrainienne. Il s’agit de la septième plus grande diaspora ukrainienne au monde et de la deuxième en Amérique latine.

Les premiers immigrés ukrainiens foulent le sol argentin en 1897 [d’autres vagues d’immigration suivront : en 1920-1939, en 1946-1960 et dans les années 1990]. Originaires de Galicie (Ukraine occidentale), ils viennent chercher une vie meilleure dans la province — inhospitalière — de Misiones, au nord-est de l’Argentine. Nombre d’entre eux s’installent dans les environs de la ville d’Apóstoles. Dans ces contrées tapissées de forêts subtropicales, à la faune et à la flore dangereuses, les défis ne manquent pas, et pourtant ces pionniers parviennent à transformer les espaces encore sauvages en terres agricoles. On leur doit même de remarquables innovations dans le domaine agricole, notamment dans la culture du maté, du tabac et du riz.

La diaspora ukrainienne fait ses preuves dans l’industrie [par ailleurs, dans les années 1970, l’Ukraine contribue à générer 37 % de la production électrique argentine : plusieurs grands barrages hydroélectriques, comme ceux de Salto Grande, de Piedra del Águila et de Yacyretá, sont alimentés par des équipements soviétiques de fabrication ukrainienne] et dans d’autres domaines : l’agriculture (citons Gustavo Grobocopatel, magnat de l’agrobusiness et « roi du soja »), la musique (Chango Spasiuk, compositeur et accordéoniste), la littérature (Alejandra Pizarnik, poétesse), le cinéma (César Tiempo, scénariste), ou encore le sport (Pedro Stetsiuk, haltérophile, et José Pékerman, entraîneur de football).

S’il faut citer un parcours migratoire hors du commun, c’est bien celui du géologue Iouri Poliansky [1892 – 1975]. Armé d’un doctorat, c’est dans les mines qu’il commence à son arrivée à Buenos Aires, en 1947, avant de devenir un scientifique et un professeur reconnu en Argentine [il enseignera à l’université de Buenos Aires de 1956 à 1967] et au-delà [grâce à ses travaux publiés en espagnol et en anglais]. On lui doit des découvertes importantes dans la cordillère des Andes, où il étudie le phénomène de glaciation. Pour ses contributions à la science et à son pays d’accueil, Iouri Poliansky rejoindra l’Académie nationale des sciences d’Argentine, devenant par-là même une certaine incarnation de la persévérance et de la réussite sociale des Ukrainiens en Amérique latine.


Pour poursuivre notre voyage sud-américain, nous vous emmenons au Chili, dans le troisième et dernier volet de cette série.


Cette série d’articles est le fruit d’un partenariat avec l’Institut ukrainien, agence d’État ukrainienne chargée de promouvoir la langue et la culture ukrainiennes dans le monde par la diplomatie culturelle.


Anastasia Herassymtchouk || Traduit par Louise Henry
Rédactrice en chef adjointe de UkraineWorld || Rédactrice et traductrice à UkraineWorld Français